jeudi 7 décembre 2017

Courge rôtie



Je sais que je ne vous apprendrai rien si je vous dise que la courge (ainsi que le potiron) n’est pas un légume mais un fruit. Par ailleurs, c’est uniquement comme un fruit que je le connaissais depuis toute petite car, dans mon pays d’origine, la courge est consommée toujours sucrée et est servie en tant que dessert. 

Souvent, elle est coupée en morceaux, puis cuite à l’eau avec du sucre. Mais l’utilisation la plus courante – et la plus gourmande – est celle qui est aussi la plus simple : la courge coupée en deux (ou en plusieurs gros morceaux, quand elle a une taille plus conséquente) est rôtie au four sans être pelée (la partie la plus savoureuse se trouve juste derrière la peau). C’est délicieux.

Auparavant, me racontait ma grand-mère paternelle, on faisait cuire de gros morceaux de courge dans les fours communales qui desservaient les habitants des vieux quartiers des villes bulgares, puis les commerçants ambulants les vendaient encore chauds dans les rues aux citadins frigorifiés, les attirant par leurs cris : « Douce courge rôtie ! ». Ma grand-mère préparait aussi beaucoup d’autres spécialités de courge, toujours sucrées. Il y avait le feuilleté de courge, avec des fines feuilles de pâte étalées à la main (pas comme le mien - recette ici - que je prépare avec de la pâte filo, et qui n’est pas mal, non plus…). Ce dernier n’est pas sans rappeler le fameux strudel autrichien (pas étonnant, les deux ont la même origine … ottomane …). J’aimais particulièrement sa courge rôtie au lait et à cannelle que je n’ai pas appris à faire, mais j’ai eu le bonheur de retrouver sa saveur dans le pumpkin pie américain. De plus, elle préparait même une superbe confiture de courge ! Je dois sans doute retrouver cette recette, je me rappelle que ma grand-mère laissait tremper les morceaux de fruit joliment coupés (à l’aide d’un couteau à vagues) dans une solution de chaux comestible, avant de les plonger dans un bouillant sirop transparent ; préparés de cette manière, les morceaux gardaient parfaitement leur forme et devenaient croquants à l’extérieur et presque liquides à l’intérieur, meilleurs que des bonbons … (Est-ce que quelqu’un peut me dire où je peux trouver de la chaux comestible ?)

Quant à la courge rôtie, ce mode de préparation convient au mieux aux variétés naturellement douces et à chair fine et ferme, ou même farineuse, comme la courge butternut et le potimarron. Chaque nouvelle variété que je trouve passe le test « du four », mais les deux dernières restent mes préférées. J’aime aussi les potirons à peau blanche qui pèsent plusieurs kilos (il me semble que leur variété, c’est ‘potiron bleu de Hongrie’). Je les vois rarement ici, mais si vous allez en ce moment en Bulgarie, vous ne pourrez pas manquer les monticules d’énormes cucurbitacées entassées à même le sol dans les marchés, et pas que à ces endroits (en plein été, ses mêmes terrains sont occupés par des monticules non moins impressionnantes de pastèques). Quand vous acheter un de ces potirons, il faut choisir parmi ceux qui ont la peau la craquelée, leur chair est plus dense et plus sucrée que celle des potirons à peau lisse, souvent aqueux. La Bulgarie est en fait le plus grand producteur de courges européen, avec 133 000 tonnes pour l’année dernière. Il semble que là-bas, la courge rôtie a encore de beaux jours devant elle.


Courge rôtie

Pour cette recette, il vous faut seulement de la courge à chair fine, dense et naturellement sucrée (butternut, potimarron, …) et, éventuellement, quelques cuillers de sucre, de préférence non raffiné (ou du miel)

Préparation :
Lavez soigneusement la courge (ou le potiron …) et posez-la sur une planche à découper. Prenez votre couteau le plus solide et affuté. Coupez d’abord la base du pédoncule :  il est très dur et souvent, il pose des problèmes quand on essaye de couper la courge sans l’enlever. Ensuite, tranchez la courge sur la longueur (ou demander à un homme fort et sûr de lui de le faire). Pour une courge de petite taille (par exemple, pour une courge butternut) cela peut suffire, sinon, découpez les deux parties encore en deux, ou en plusieurs morceaux, ils cuiront plus vite.


Enlevez les graines à l’aide d’une grande cuillère (ne les jetez pas, elles sont savoureuses et bourrées de nutriments très intéressants ; une fois lavées et séchées, vous pouvez faire griller ces graines au four avec un peu de sel (et quelques épices, si ça vous dit) et les manger à l’apéro, ou bien, les utiliser pour une recette qui n’en demande que 10 grammes … bien qu’elles soient un peu longues à décortiquer). Utiliser toujours la cuillère pour débarrasser toute la partie fibreuse qui a entouré les graines, c’est plus facile et le résultat est plus propre.


Il est inutile de se compliquer la vie en épluchant les morceaux de courge : on les mangera à la petite cuillère, grattant la chair dense et délicieuse qui se trouve juste derrière la peau ; on peut même manger la peau dans le cas des courges bio, elle est parfaitement digeste et, s’il s’agit d’un potimarron et une autre courge de couleur orange, elle est extrêmement riche en provitamine A.
Placez les morceaux de courge sur une plaque tapissée de deux couches de papier cuisson (sinon, votre plaque risque d’être bonne à jeter). Vous pouvez ensuite parsemer chaque morceau de sucre roux, si vous avez envie d’un dessert sucré, mais en général la douceur naturelle de ces courges suffit amplement.
Mettez la plaque à mi-hauteur dans le four (inutile de le préchauffer) et faites cuire la courge pendant environ une heure à 180°C, en surveillant vers la fin. Quand elle sera parfaitement rôtie, la courge aura une surface dorée, avec des taches brunâtres.
Servez chaud ou froid, arrosé éventuellement d’un filet de miel.


11 commentaires:

  1. Bonsoir Diana! Tu me fais saliver et ressortir de délicieux souvenir de "ratchel" et "tikvenik"! Je suis bulgare qui vit en France depuis 17 ans...et dans mon tiroir j'ai presque toujours de la confiture de courge préparée par les doux soins de ma tante...à la chaux bien évidemment. Sauf que la chaux comestible, elle se cache en France 😉
    Blagodaria ti za milite spomeni i 6te opitam "prostotata" na pe4ena tikva otnovo s bezkraino udovolstvie! Leka ve4er.
    Denitsa

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    1. Bonjour Denitza,
      Un grand merci pour ton gentil message, il me réchauffe le cœur ! Entre expatriés, on se comprend :) Et pour en rajouter, je peux t'avouer que je me transforme en Douchko Doubrodouchkov en cette période de l'année ! Et la courge cuite "na lokoumtcheta", tu connais? Difficile à traduire:)
      Je te souhaite un délicieux weekend !

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    2. 😊 Je suis aussi sensible avec l'approche des fêtes de Noël. Pour inviter un petit brin de Bulgarie ,j'essaie de respecter la tradition des mets sans viande le 24, avec les sarmi, pita, ochaf, tikvenik ili baklava...i za6to ne "courge cuite na loukoum4eta" - rien que le nom me fait sourire, si doux. Que se cache derrière?
      Bel weekend à toi aussi 😊

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    3. Bonjour Denitsa,
      Chez nous aussi, on fête la veille de Noël selon les traditions bulgares, elles sont tellement spéciales et spécifiques ! Puis le lendemain, on revient aux festivités selon les coutumes occidentales, avec la dinde aux marrons et le Christmas cake... C'est formidable de pouvoir inclure toutes les traditions des endroits où l'on a vécu dans son quotidien, je trouve.
      Pour préparer la courge "n'a lokoumtcheta" (petits loucoums), il faut l'eplucher et la découper en dès de 2 cm de côté (de la taille d'un loucoum), après avoir enlevé les graines, bien sûr. Puis, on met la courge dans une cocotte et on la parseme de sucre (3-4 cuillères au moins, où plus, cela dépend de la quantité et de la douceur naturelle de la courge, et aussi des préférences personnelles). On couvre et on laisse reposer toute la nuit. Le lendemain, on cuit la courge dans le liquide qui s'est formé dans la cocotte, sans rajouter de l'eau. C'est très bon, et on peut préparer ainsi n'importe quelle courge. J'espère que cette préparation te plaira !

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    4. Merci!! Je testerai ces petites bouchées, c'est certain! A vite pour te lire 😊

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  2. J'adore le potimarron et je le fais souvent rôtir au four avec des épices version salée, cette recette de ton pays me plaît et je vais la tenter, je suis aussi sous le charme de ton bel article

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    1. Merci beaucoup, Irisa! Je suis ravie que tu à aimé mon article, je me demandais y-a-t-il toujours des personnes qui continuent à lire les textes qui accompagnent les recettes, me voilà rassurée ! J'espère que la courge rôtie sucrée te plaira !
      Bon weekend,

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  3. Il faudrait que j'essaie. Je n'aime pas la courge en version salée alors la sucrée, ça devrait mieux me convenir. Contrairement à toi, je n'ai pas été habituée à en consommer étant petite, ma mère n'aimait pas. Lorsque j'ai testé adulte, je n'ai pas apprécié.Merci en tout cas pour tes explications. J'ai un ami photographe qui revient de Bulgarie. Il a sans doute du prendre en photo les monticules de courge. Je vais lui en parler.

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    1. Moi, j'ai découvert qu'on peut cuisiner la courge en version salée en arrivant en France, et j'ai eu du mal à m'y habituer. J'ai trouvé quelques bonnes recettes où sa douceur est équilibrée par les saveurs piquantes (la courge rôtie se marie bien avec le curry, par exemple...). Je te conseille de l'essayer en tant que dessert, c'est vraiment très bon.
      Les monticules de courge sont un excellent sujet photographique, ton ami ne les a pas sûrement raté ! J'ai regardé récemment un film bulgare, "Taxi Sofia", très dur et noir, mais très bon, et les courges étaient présentes, aussi ...

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  4. Tous mes voeux Diana. Que cette année nouvelle te soit douce !

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    1. Merci infiniment, Isabelle ! Je te souhaite une merveilleuse année !

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